Lors d'un examen, on appelle cela la question piège. Celle qui peut vous ridiculiser. Celle que vous n'aviez pas prévue. Ou que vous espériez à tout prix éviter. Celle que vous ressasserez le lendemain, en vous torturant l'esprit : "Mais pourquoi avais-je fait l'impasse sur ce sujet ?"
La question piège de la conférence de presse du vendredi 13 juin, durant laquelle Stéphane Ruffier, Loïc Rémy et Blaise Matuidi se sont exprimés, est venue de la part d'un confrère de Canal +. A trois reprises, il a répété la même question, ou presque : "Pouvez-vous me citer des joueurs du Honduras ?" Le résultat est assez savoureux, comme lorsque Jean-Jacques Bourdin demande le prix d'un ticket de métro ou le nombre de sous-marins à une personnalité politique.
"Bleu Brésil" vous présente les copies des trois joueurs de l'équipe de France.
Mention "clairement insuffisant" : Stéphane Ruffier
Le gardien de Saint-Etienne n'aime pas les conférences de presse, et cela se voit. Il a beau avoir des bras aussi gros que deux cuisses des journalistes de "Bleu Brésil" et des tatouages impressionnants, quand il s'assied derrière les micros, il donne l'impression d'un élève timide qui aurait des lacunes à se reprocher. Des silences qui en disent long, des mots sur lesquels il bute, vous ressentez parfois, en voyant Stéphane Ruffier souffrir pendant cet exercice médiatique, l'envie de le serrer dans vos bras pour lui glisser à l'oreille : "T'inquiète pas, tout va bien se passer." Mais c'est là que vous vous rendez compte que vous n'arriverez jamais à le serrer dans vos bras, puisqu'il est trois fois plus épais que vous. Bref, Stéphane n'avait pas bien révisé son sujet Honduras, et il a préféré le reconnaître illico, histoire que le moment de gêne passe plus vite. Une tactique sage. Heureusement, c'est Hugo Lloris qui devrait garder les cages des Bleus, dimanche 15 juin.
Extrait de la conférence :
- Est-ce que vous pouvez nous citer quelques joueurs honduriens ?
"Je suis désolé, j'ai beaucoup de respect pour cette équipe du Honduras, mais je ne connais pas leurs joueurs. Mais je pense que s'ils sont là, c'est qu'ils ont une très belle équipe..."
Mention "passable, mais on n'est pas dupe" : Loïc Rémy
Loïc Rémy a commencé par distiller quelques éléments laissant supposer qu'il savait à quoi s'attendre, face au Honduras. Un peu comme cet élève qui a appris par coeur ses antisèches résumant les deux-trois notions essentielles à ressortir lors du devoir surveillé. "Faudra pas se laisser marcher dessus", a avancé l'attaquant de Newcastle United, ajoutant : "contre ce genre d'équipe, marquer vite peut nous aider". Et puis la question fatidique est venue. Et quand Loïc Rémy a fini par dire "pour être honnête", on savait que c'était mauvais signe.
Extrait de la conférence :
- Vous connaissez le style de jeu du Honduras, est-ce que vous en connaissez les joueurs ? Est-ce que vous pouvez m'en citer quelques uns ?
"Oui, ben Figueroa, il joue dans le championnat anglais (Maynor Figueroa, défenseur à Hull City). Euh, après j'en connais pas des masses. Mais je pense que ce sont des joueurs à caractéristique physique, comme les joueurs sud-américains, tout simplement. Mais pour être honnête, j'en connais pas beaucoup."
A cet instant précis, Blaise Matuidi ne sait pas encore que la question arrive... Franck Fife/AFP
Mention "Bien" : Blaise Matuidi
Blaise Matuidi a tout de l'élève modèle. Sur le terrain, c'est celui qui court le plus. Du genre, au collège, à demander des tours de terrain en rab au prof d'EPS. En conférence de presse, l'ancien pensionnaire de l'INF Clairefontaine manie la langue de bois avec un certain talent, et une courtoisie certaine. Sur le Honduras, il a adopté une tactique bien connue des collégiens sûrs d'eux-mêmes mais qui ne veulent pas trop en faire devant leurs camarades : faire mine, dans un premier temps, de ne pas connaître le sujet, avant de distiller quelques informations suffisantes pour que le professeur sache que la leçon a été bien apprise. Plus fort encore, Blaise Matuidi a conclu sa conférence de presse en utilisant d'un bon vieux stratagème qui peut servir aux oraux de Sciences Po : expliquer de manière subtile à votre examinateur que la question posée n'est pas vraiment la bonne. "Il faut qu'on soit concentré sur nous-mêmes avant d'être concentré sur l'adversaire." Du grand art. A condition de considérer Stoke City comme "un grand club en Europe".
Extrait de la conférence :
- Bonjour Blaise, question piège : quels sont les joueurs du Honduras que vous craignez le plus ?
" Il n'y a pas de joueur particulier que l'on craint. Je pense qu'il faut se concentrer vraiment sur nous. Après, bien sûr qu'on a un peu visionné cette équipe, on s'attend à une équipe qui va, je pense, procéder par contres, qui va être assez basse. Mais il y a aussi des joueurs de qualité qui savent jouer au ballon. Je pense notamment à Palacios, au milieu de terrain, qui évolue dans un grand club en Europe, qui a beaucoup de qualités. Mais il n'y a pas que lui, donc il faudra être vigilants et être concentrés d'abord sur nous, sur nos qualités et comment pouvoir les mettre en difficulté."
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Et sinon, concernant les joueurs du Honduras...
Voilà quelques noms, entre autres, à retenir avant le match du 15 juin contre les Catrachos.
Noel Valladares. A 37 ans et plus de 120 sélections, le gardien est le joueur le plus expérimenté de la sélection. Face à l'Angleterre, en match amical le 7 juin, il a été le principal artisan du match nul arraché par le Honduras. Lors de la Coupe du monde en Afrique du Sud, c'est lui qui permit d'obtenir le seul point de son équipe, face à la Suisse (0-0), une rencontre à l'issue de laquelle il fut nommé homme du match.
Maynor Figueroa. Olivier Giroud, qui l'a affronté sur les pelouses anglaises, dit du défenseur de Hull City : "Je sais que ce n'est pas un enfant de chœur, sur le terrain il est plutôt du genre rugueux." Arrivé en Premier League en 2008, Maynor Figueroa compte plus de 100 sélections.
Oscar Boniek Garcia. Le milieu de terrain est aussi l'un des piliers du Honduras. Mais on l'a surtout mis dans la liste car le prénom "Boniek" est un hommage de son père, supporteur de la Juventus, à Zbigniew Boniek, un fameux Polonais qui fit les beaux jours de la Vieille dame.
Wilson Palacios. Le milieu de terrain est une star de la Bicolor. Les Palacios sont un peu au Honduras ce que les Hazard sont à la Belgique: une fratrie en or. Lors de la Coupe du monde 2010, ils étaient trois frères Palacios à avoir été sélectionnés avec le Honduras : Wilson, bien sûr, mais aussi Jerry et Johnny. On imagine la tête que devait faire le quatrième frangin, Milton, lui aussi footballeur professionnel mais pas dans la liste. Cette année, Wilson pourra seulement compter sur Jerry.
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