« Et un, et deux, et trois-zéro ! » Le chant a fusé dans les tribunes du stade Beira Rio de Porto Alegre, à quinze minutes de la fin du match face au Honduras. Karim Benzema venait d’inscrire son deuxième but trois-quart – oui, « Bleu Brésil » a décidé d’attribuer à l’attaquant français l’essentiel de la paternité du deuxième pion français, un peu injustement accordé au gardien hondurien Noel Valladares. L’air entonné par les supporteurs de l’équipe de France avait comme un goût de Gloria Gaynor et de fin de XXe siècle… De 1998, pour être plus précis.
Comme si tout nous ramenait à cette date. La France n’avait plus gagné son premier match de Coupe du monde depuis… 1998. C’était face à l’Afrique du Sud. Avant Karim Benzema, le dernier Tricolore à avoir inscrit un doublé lors d’un Mondial s’appelait Zinédine Zidane. En 1998, vous vous en doutiez. C’était face au Brésil, faut-il vraiment le rappeler ?
A Porto Alegre, dimanche 15 juin, en fin d’après-midi, les raisons de s’enthousiasmer ne manquaient donc pas. Débuter par une victoire 3-0, le deuxième écart le plus large de ce début de tournoi derrière la fessée infligée par les Pays-Bas à l’Espagne (5-1), apparaît comme une excellente opération. Et pourtant, en sortant de la douche, certains joueurs ont répété qu’il ne fallait « pas s’enflammer ». « Bleu Brésil » a décidé de les prendre au mot. Voilà donc sept raisons, avec plus ou moins de mauvaise foi, pour lesquelles ce premier match n’annonce rien de bon.
Le gardien Valladeres vient de pousser la balle dans son propre but, c'est ce qu'on appelle le cadeau de Noel.
1. Parce que le Honduras, c’était vraiment faible. Après le nul (0-0) obtenu face à l’Angleterre, le 7 juin, et la complainte du milieu de Liverpool, Steven Gerrard, dénonçant des « fautes horribles » de la part des « Catrachos », l’alerte avait été brandie : cette équipe du Honduras, 33e au classement FIFA, ne se laisserait pas faire. Son jeu agressif pourrait bien gêner les Bleus. Résultat : c’est ce même style un peu trop rugueux qui a perdu des Honduriens – notamment Wilson Palacios, expulsé juste avant la mi-temps – incapables de montrer autre chose qu’un engagement parfois limite face aux Bleus.
Du coup, on relit avec gourmandise cette réflexion de Julio Nunez, journaliste pour une radio hondurienne, qui avait accepté de répondre à « Bleu Brésil » la veille du match : « L’agressivité et la force physique utilisées à bon escient font partie du langage normal du football. Bien évidemment, si elles sont utilisées à mauvais escient, on tombe alors dans la catégorie de l’indiscipline. C’est ce qui entraîne les cartons jaunes et rouges. » Pas mal vu.
2. Parce que Paul Pogba n’est pas à l’abri d’un coup de sang. Pas content d’avoir servi de paillasson à Palacios, à la 27e minute, le milieu de terrain de la Juventus n’a pu retenir un geste d’énervement qui aurait pu lui coûter très cher. Tous les joueurs du banc hondurien ont bondi pour réclamer un carton rouge contre le Français, mais l’arbitre brésilien Sandro Ricci a opté pour un jaune aux deux protagonistes de l’action.
Paul Pogba, lui, a admis après coup avoir « pensé » à l’expulsion. Puis, quand un journaliste lui a demandé : « Sur Palacios, c’est un mauvais réflexe que tu as, parce que tu te fais piétiner deux fois la cheville, ou c’est dans le mouvement ? », il a su saisir la perche tendue : « C’est dans le mouvement. Après les gens peuvent penser ce qu’ils veulent… Si vous voulez, je vous montre mon mollet. » Pas besoin Paul, mais puisque l’on peut penser ce qu’on veut, on se permettra juste de conserver quelques doutes.
3. Comme le nombre de cartons reçus par les Bleus. Didier Deschamps a fait sortir Paul Pogba et Yohan Cabaye avant le terme du match. Le « turn over » était logique, alors que la victoire semblait assurée. Mais il répond aussi à une crainte : deux de ses milieux de terrain ont été avertis, et risquent un match de suspension s’ils reçoivent un autre carton jaune avant la fin de la phase de poules. Patrice Evra est lui aussi concerné par cette menace. Attention aux gestes de mauvaise humeur et aux tacles trop appuyés, donc.
4. Parce que la Marseillaise risque de déstabiliser les joueurs la prochaine fois. On les a attendus, mais ils ne sont jamais venus. Le Honduras comme la France ont dû se passer de leur hymne respectif. Pour une raison qui reste à éclaircir, la sono du stade Beira Rio de Porto Alegre n’a pas fonctionné dimanche. « C’est la première fois que je vois ça, a réagi Olivier Giroud. Ils ont eu un problème de sono, ça peut arriver, mais quand je vois qu’ils nous demandent de respecter tout le protocole… Ca m’a fait bizarre de ne pas entendre la Marseillaise. Mais c’était plutôt sympa d’entendre le public la chanter (a capella, mais aussi à Cabella et à ses coéquipiers), nous on a suivi ça sur le banc. » Reste que le match contre la Suisse - à condition que la sono fonctionne, cette fois-ci - risque de réveiller de vieilles polémiques pour savoir si tel joueur chante les paroles de l’hymne ou si tel autre beugle faux.
5. Parce que la France va devoir affronter la chaleur. Une petite vingtaine de degrés. La température observée à Porto Alegre, lors du match, était légèrement en dessous du thermomètre affiché au camp de base de Ribeirao Preto. Contre la Suisse, vendredi 20 juin, les Bleus vont devoir jouer sous une chaleur autrement plus gênante. La météo annonce environ 28 degrés. Et contrairement aux Suisses qui s’entraînent à Porto Seguro, ville d'origine de la lambada, à 600 kilomètres de Salvador - autant dire un jet de pierre à l'échelle brésilienne -, les joueurs de l'équipe de France risquent d’être assez dépaysés.
6. Parce que les Bleus jouent à l’extérieur. Officiellement, il y avait environ 1 500 supporteurs honduriens et 2 000 supporteurs français au stade Beira Rio, dimanche. Le hic pour l’équipe de France, c’est que le reste des spectateurs qui remplissaient l’enceinte de 52 000 places, des Brésiliens pour la plupart, ont tous pris fait et cause pour le Honduras. Dès les premières minutes, on entendit ainsi des « Olé » pour saluer les passes réussies entre les joueurs de la Bicolor. Et quand Griezmann et ses coéquipiers avaient le ballon, ils se faisaient siffler. Si le duel contre la Suisse devrait être moins caricatural du côté des tribunes, les Bleus savent à quoi s’attendre face à l’Equateur. Ambiance caliente garantie.
7. Parce que Varane et Sakho n’ont pas pu régler leurs automatismes, faute d’avoir vraiment joué. Les deux défenseurs centraux vont-ils s’entraîner avec les remplaçants, au lendemain du match contre le Honduras ? On plaisante à peine : au chômage technique – comme Hugo Lloris, qui n'a eu qu'un tir cadré à se mettre sous les gants - pendant presque toute la durée de la rencontre, Raphaël Varane et Mamadou Sakho débuteront vraiment leur tournoi le 20 juin, face à la Suisse. A noter que les premières minutes du match ont d’ailleurs été laborieuses, avec quelques ballons perdus par la charnière centrale. Un ballon que le défenseur du Real Madrid et celui de Liverpool n’ont plus vraiment eu l’occasion de voir par la suite.
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