L'étoffe des héros


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EN MARS DERNIER, ARNAUD MONTEBOURG s'agaçait publiquement de voir les Bleus partir au Mondial avec un maillot fabriqué en Thaïlande. Dans la foulée, l'Angleterre dénonçait le prix exorbitant de la tunique des Three Lions (passée des mains du britannique Umbro à celles de l'américain Nike), l'Iran se désolait que la sienne rétrécisse au lavage et les Etats-Unis bombardaient de tweets furieux leur uniforme tricolore, jugé trop "frenchie". Qu'elles soient politiques, économiques ou purement esthétiques, ces traditionnelles réclamations pré-Coupe du monde ont toujours épargné l'intouchable jaune poussin de la sélection auriverde. Peut-être parce que ce bout de tissu - aussi hédoniste, éclatant et naïf que le football qu'il incarne - a gagné, depuis 1954, ses galons de second drapeau du Brésil. Aldyr Garcia Schlee, son créateur octogénaire, confirme aujourd'hui : "Je ne pense pas que ce maillot ait un pouvoir spécial, si ce n'est celui d'évoquer nos grands exploits sportifs. Mais il reste, au-delà des terrains de football, l'incontestable symbole de notre nationalité."


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Prouvant que les voies de la mythification sont impénétrables, le dessin d'Aldyr sort vainqueur parmi 301 suggestions, et c'est avec son ensemble que le Brésil remportera son premier titre mondial, en 1958. Douze ans et un sacre plus tard, l'escouade de Pelé survole, au Mexique, la première Coupe du monde retransmise en couleur. Le jaune canarinho (ou petit canari) explose à l'écran, et sera dès lors associé dans l'inconscient collectif à une certaine forme d'aboutissement footballistique : solaire, joyeux et terrassant de beauté. Plus pragmatique que modeste, Aldyr se déresponsabilise : "Mon sentiment vis-à-vis de ce maillot est celui du créateur face à sa créature. Tout ce qui s'est passé sur les terrains depuis 1954 n'a rien à voir avec moi, je n'ai aucun mérite et je n'en tire aucune fierté."


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Ironie de l'histoire, on peut expliquer cette relative indifférence en précisant que Schlee, élevé dans la ville frontalière de Jaguarão, est supporter de l'Uruguay depuis l'enfance. C'est d'ailleurs du côté hispanophone qu'il apprendra la victoire de la Celeste en 1950. Aujourd'hui écrivain et professeur d'université, Aldyr vit parfaitement ses contradictions, même lorsqu'on lui demande quelle équipe il soutiendra lors de ce Mondial 2014. "Supporter l'Uruguay, pour moi c'est irrationnel et inexplicable. Maintenant, espérer que le Brésil remporte la Coupe du monde ici, c'est autre chose... Je ne crois pas aux miracles, ni à la magie, ce qui renforce mon optimisme."


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