Christophe Alévêque fait « la fête à la dette »

Le Monde | 01.06.2014 à 18h22 • Mis à jour le 01.06.2014 à 20h02 | Par



Christophe Alévêque en septembre 2009 à La Rochelle.


Debout devant un pupitre, le « professeur » Alévêque, avec une intonation et des mimiques à la Michel Serrault, a dressé le constat de ce qui empoisonne notre quotidien : une ardoise astronomique (2000 milliards) impossible à rembourser, des intérêts d'un montant fou (près de 50 milliards) à payer chaque année, et un mot anxiogène (la crise) dont on nous rabat les oreilles depuis des décennies. Un cocktail infernal qui fait que l'on ne sait plus « si nous sommes endettés parce que nous sommes en crise ou si nous sommes en crise parce que nous sommes endettés ».


Alors, face à une conjoncture a priori désespérée, autant se détendre plutôt que pleurer, comprendre plutôt que paniquer. « Soyons des autruches à tête haute, les pieds dans la merde mais la tête dans les étoiles, a lancé l'humoriste partisan de l'action plutôt que de la résignation. Cessons d'avoir peur parce que la peur, c'est le premier moteur de la bêtise. » La folie des subprimes, la « croissance qu'il faut mieux appeler Godot », la dette dite souveraine « parce qu'on ne l'a pas élue », les politiques de rigueur à la grecque « qui ne font que paupériser la population »… L'humoriste décrit un système dont la mécanique est devenue, à ses yeux, aberrante.


« LE BÉBÉ FRANÇAIS EST UN RICHE ENDETTÉ »


Se donnant des coups de fouet pour se punir de ne laisser que des dettes aux générations futures, le comédien a enjoint le public à cesser de se culpabiliser : « Le bébé français est un riche endetté à qui on laisse aussi des hôpitaux, des écoles, des routes, des piscines, etc. » Fustigeant les économistes « vus à la télé » qui « passent leur temps à expliquer le lendemain pourquoi ils se sont trompés la veille », Christophe Alévêque a tenté de répondre à des questions faussement simples : à qui doit-on ? Depuis quand la dette augmente-t-elle ? Pourquoi peut-on continuer à emprunter ?


Pour appuyer sa démonstration du caractère absurde de la situation et son fervent plaidoyer anti-austérité, l'humoriste a convoqué, sous forme d'entretiens vidéos projetés sur grand écran, des personnalités résolument à gauche : Susan George, présidente d'honneur d'Attac, l'essayiste altermondialiste Patrick Viveret et les économistes Jean Gadrey, Henri Sterdyniak, Thomas Coutrot.


Ces deux derniers, membres du CAC, sont venus sur scène à l'issue du spectacle, à l'invitation de Christophe Alévêque, pour présenter le rapport du Collectif, dénoncer « la responsabilité des classes dirigeantes et du capitalisme financier », et se prêter à un court moment de questions-réponses avec la salle. « Rêvons, sortons de ce cercle infernal où l'angoisse entraîne le pessimisme. Vous savez quoi ? On va y arriver ! », a conclu Christophe Alévêque, qui se verrait bien faire d'autres « fêtes de la dette » en France.







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