Barclays annonce des licenciements... et une hausse des bonus des traders


Barcklays (dominic's pics-CC BY 2.0) Les banquiers se plaignent souvent d’être incompris et mal-aimés. Mais s’ils continuent d’allier l’indécence à la bêtise, leur image n’est pas près de s’améliorer.


Barclays a annoncé simultanément, mardi 11 février, un plan de suppression de 10 000 à 12 000 emplois et une hausse de 10 %, à 2,4 milliards de livres (2,9 milliards d’euros), de l’enveloppe des bonus de ses traders et autres cadres.


Antony Jenkins, arrivé il y a dix-huit mois à la tête de la troisième banque britannique pour en restaurer l’image et en redresser les comptes, donne le sentiment de n’avoir pas retenu les leçons de la crise financière. N’avoir rien appris de la colère des opinions publiques contre les banques qui, après s’être goinfrées, ont dû être sauvées par les contribuables relève de la cécité coupable.


Même si, en principe, l’image est l’un des actifs qu’une société cherche à préserver, un patron ne dirige pas pour faire plaisir à l’opinion et il peut choisir de s’asseoir dessus.


Cette fois, Barclays parvient aussi à se mettre à dos les investisseurs de la City. Ne nous méprenons pas. S’ils jugent sévèrement l’attitude de la banque, ce n’est pas pour s’apitoyer sur les 9 % de salariés qui vont perdre leur travail dans les prochaines semaines.


« So shocking »


Les milieux d’affaires britanniques sont moins sensibles que d’autres aux suppressions d’emplois destinées à réduire les coûts. Ce que la City trouve so shocking, c’est que les bonus augmentent alors que le dividende versé aux actionnaires ne bouge pas d’un penny.


Si bénéfices et dividendes avaient grimpé de concert, les plantureuses rémunérations seraient passées comme une lettre à la poste, aussi facilement qu’un coup de Tipp-Ex sur 12 000 salariés. M. Jenkins manque autant de discernement que son sulfureux prédécesseur, Bob Diamond, évincé après le scandale de la manipulation des taux interbancaires (Libor).


De fait, le bénéfice d’exploitation de la Barclays a chuté de 32 % en 2013. Pire, la seule banque d’investissement est tombée dans le rouge au quatrième trimestre et affiche un recul de quelque 40 % de son résultat sur l’année.


Or, c’est cette activité qui concentre l’essentiel des bonus. Ils y ont même augmenté plus vite (13 %) que dans le reste de l’établissement.


Ces gratifications, qui s’ajoutent à des salaires élevés, représentent plus de 72 000 euros par personne. Et varient ici de façon inversement proportionnelle à la performance. Banquier, c’est un métier !


Le PDG de Barclays avait annoncé, le 3 février, dans un geste qui apparaît avec le recul à la fois magnifique et incompréhensible, qu’il renonçait pour la seconde année de suite à son propre bonus.


Mais, à l’insu de son plein gré, il sape aujourd’hui le lobbying de la City et du premier ministre, David Cameron, contre la nouvelle réglementation européenne censée plafonner les bonus.


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Je suis arrivé au Monde en 2011 où j'ai fait partie pendant deux ans de la rédaction en chef emmenée par Erik Izraelewicz. Je suis désormais chroniqueur économique. Cela fait 25 ans que je suis la vie des entreprises en tant que journaliste. Je suis passé par Les Echos, L'Expansion et La Tribune.



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