McDo au pays des Soviets


On en connaît qui doivent faire des roulés-boulés dans leur tombe. Il y a dix jours, à peine débarqué à Sotchi, Shaun White twittait une photo de son premier repas, accompagnée de cette légende : "La nourriture en Russie est incroyable !" Le snowboarder américain venait de découvrir une spécialité locale : le Big Mac.


Difficile d'échapper à McDonald's pendant les Jeux, même ici, au cœur de l'ancien bloc ennemi. D'ailleurs, à la vue des symboles qui accueillent le visiteur dès la sortie de l'aéroport de Sotchi - cinq anneaux multicolores et, de part et d'autre, deux grands M jaunes -, on peut se demander si c'est McDonald's qui sponsorise les Jeux olympiques, ou les Jeux olympiques qui sponsorisent McDonald's.


Le mur rouge est une publicité géante pour McDonald's, qui s'étire sur plus de cent mètres.

Le mur rouge est une publicité géante pour McDonald's, qui s'étire sur plus de cent mètres.



L'idylle entre la chaîne de fast-food et les JO s'est nouée en 1968. Cette année-là, nous apprend le site du mouvement olympique, la société avait envoyé "par avion des hamburgers aux athlètes américains à Grenoble, après avoir appris qu'ils avaient la nostalgie des mets proposés par McDonald's". Depuis Montréal 1976, l'union est officielle. Et depuis Atlanta 1996, tous les villages olympiques, où logent les athlètes, ont abrité un McDo.


On n'aurait pas spontanément mis un Big Mac dans le menu idéal d'un champion - quoique, la patineuse Tara Lipinski a avoué avoir gobé un McDo juste avant de devenir championne olympique à Vancouver il y a quatre ans -, mais comme c'est ouvert 24h/24 et que tout y est gratuit pour eux, les sportifs se régalent. L'image du skieur américain Torin Wallace portant dix cheeseburgers sur son plateau a fait le tour du web (il ne les a pas tous mangés, rassurez-vous).


Les journalistes aussi ont le droit de s'envoyer des burgers jour et nuit au McDo du centre de presse - 250 roubles, soit 5 euros, pour un menu -, tout comme le public, à celui de la place centrale du village en carton-pâte de Roza Khoutor, où se joue d'ailleurs un intéressant choc des civilisations.


Le restaurant de Roza Khoutor. Je ne me remets toujours pas de voir McDonald's écrit en cyrillique.

Le restaurant de Roza Khoutor. Toujours drôle, de voir "McDonald's" écrit en cyrillique.photo(6)



Car à l'ombre de l'envahisseur capitaliste, la résistance s'est organisée. Elle a pour nom Borshevnya - littéralement, la "Borchtcherie". Dans cette reconstitution plus vraie que nature d'un village typique du sud de la Russie, on cuisine des plats du coin - borchtch (à 200 roubles), cornichons géants, pirojkis à la viande ou au fromage - apportés par des serveurs en habit traditionnel.


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À l'intérieur de la Borchtcherie. Au loin, l'ennemi. Borchtch vs Big Mac.



L'endroit rencontre un certain succès, notamment auprès des autochtones qui se montrent patriote, mais il faut bien reconnaître qu'il y a plus de monde en face, où la file d'attente n'est pas sans évoquer celle qui faisait le tour de la place Pouchkine à Moscou le 31 janvier 1990, jour de l'ouverture du premier McDonald's en URSS. Il y a même un videur à l'entrée pour calmer les consommateurs affamés et hystériques. McDo, où le seul participant aux Jeux olympiques qui est sûr de gagner à chaque fois.


Henri Seckel


PS. Et si le slogan de Sotchi 2014 ("Hot. Cool. Yours.") avait été inspiré par une publicité pour McDonald's datant des années 1980, dans laquelle on voit Jason Alexander, le mythique George Costanza de la série télévisée Seinfeld, vanter les mérites d'un burger à la fois très hot, et très cool ? voyez plutôt.


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