PMU : La course était jouée d’avance


pmu (wfbakker2-CC BY-SA 2.0) Philippe Germond, le PDG du Pari mutuel urbain (PMU), doit se sentir traqué. Il a beau avoir changé d’écurie, il a toujours le gendarme de la concurrence sur le dos.


Il portait la casaque rouge de SFR, dont il était PDG, pendant la période 1997-2003 pour laquelle l’opérateur mobile a été condamné avec ses compagnons de paddock, Orange et Bouygues Telecom, pour entente. Il porte aujourd’hui la casaque verte du PMU et se fait serrer la bride par l’Autorité de la concurrence.


Cette autorité indépendante a décidé, mardi 25 février, d’imposer un remède de cheval au marché des paris hippiques. Son objectif est de tenter de relancer l’intérêt d’une course qui était jouée d’avance.


Quatre ans après l’ouverture à la concurrence des paris sportifs sur Internet, le PMU a réalisé en 2013 un chiffre d’affaires de 943 millions d’euros sur les seuls paris hippiques en ligne. Soit 85 % du marché. Les sept autres écuries (Zeturf, Betclic, etc.) se partagent le reste.


Pot commun


Dans cette course lancée sur l’hippodrome numérique, tous les chevaux concurrents du PMU courent avec un handicap. Car ce groupement d’intérêt économique (GIE) des sociétés de course, qui conserve le monopole des paris hippiques dans le réseau physique (bars tabac, maisons de la presse, etc.), met dans un pot commun les mises de tous ses joueurs.


Les 8,7 milliards joués classiquement en 2013, additionnés aux sommes misées sur le site Pmu.fr, permettent au jockey Philippe Germond de proposer à ses fans des gains dix fois supérieurs aux autres. Pour l’Autorité de la concurrence, ce sont « les ressources du monopole » du PMU qui financent l’attractivité de son offre dans le domaine concurrentiel et menacent les autres jockeys « d’éviction ».


Stratagèmes des parieurs


On peut s’étonner d’ailleurs que, dans ces conditions, on trouve encore 15 % des joueurs qui choisissent délibérément de tenter leur chance sur des sites où leurs espoirs de gains sont moindres… Les stratagèmes des parieurs sont décidément impénétrables.


Sur ordre de l’arbitre antidopage, le PMU va donc devoir séparer avant le 30 septembre 2015 les enjeux recueillis en dur de ceux drainés en ligne. Les internautes pourront dire adieu au Quinté + et à sa Tirelire quotidienne d’au moins 1 million d’euros !


La plus grosse écurie du paddock a néanmoins obtenu un délai confortable pour mettre en œuvre une mesure en discussion depuis près de six mois. Elle entrera donc en vigueur plus de cinq ans après l’ouverture à la concurrence de ce marché. Arnaud Montebourg, le ministre du redressement productif, ne pourra pas accuser le gendarme de brutalité excessive.


Le problème est ailleurs. Alors que le marché des paris sportifs – avant tout sur le football, mais pas seulement – s’emballe en France, celui des paris hippiques marque le pas pour la première fois. Il faudra d’autres potions pour conjurer un déclin.


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Je suis arrivé au Monde en 2011 où j'ai fait partie pendant deux ans de la rédaction en chef emmenée par Erik Izraelewicz. Je suis désormais chroniqueur économique. Cela fait 25 ans que je suis la vie des entreprises en tant que journaliste. Je suis passé par Les Echos, L'Expansion et La Tribune.



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