Fashion Week New York - L’empire du juste milieu



Première étape du circuit des défilés. New York cultive une diversité calibrée pour le succès




10/02/2014 | L’empire du juste milieu







New York,


De notre envoyée spéciale.







Avec près de 150 défilés, New York propose un calendrier chargé, proposant parfois trois événements au même moment. Symptômes de croissance rapide, ces embouteillages sont aussi un témoignage de vitalité, même s'il faudrait sans doute faire un tri pour asseoir définitivement la crédibilité mode de la ville.


Reste que les premiers défilés d'importance mettent en valeur un visage original et séduisant du style américain. Celui-ci fait en apparence écho à une vieille dichotomie typiquement new-yorkaise : le clivage uptown-downtown, le chic impeccablement manucuré de Park Avenue face à l'esprit alternatif branché. Si le bipartisme est une des plus solides traditions américaines, la façon dont il s'exprime dans l'industrie du style est pourtant loin d'être manichéenne.


Ces dix dernières années, la scène mode des Etats-Unis s'est diversifiée grâce à de nouvelles signatures, plus jeunes, plus urbaines, voire avant-gardistes. Le classicisme minimal qui a longtemps défini le style local s'est enrichi de nuances. Inversement, la nouvelle génération mûrit et propose des créations plus sophistiquées. Cette porosité fait désormais la force de la mode new-yorkaise qui s'exprime, aujourd'hui, entre deux extrêmes qu'elle tente d'éviter – sous peine de sombrer dans la caricature et d'effrayer du même coup les clients potentiels. Ces propositions ne manquent pas pour autant de personnalité.












Il pourrait partager ce terrain avec Moncler. La griffe aux origines alpines est désormais italienne et sa ligne la plus technique, Moncler Grenoble, est présentée à New York. Ses vestes matelassées noir et blanc, qui semblent joliment structurées et animées d'habiles effets de matière, sont une bonne transcription pour la rue de l'esprit couture des lignes signées par Giambattista Valli (gamme Rouge) et Thom Browne (gamme Bleu). Dommage qu'une présentation tirée par les cheveux – un tableau vivant loin du public et un choeur de chanteurs d'opéra bizarrement perchés sur des pilotis mécaniques – contredise cette efficacité.






Parallèlement à ces adeptes d'un style street chic aux accents sportifs oeuvrent les défenseurs d'un néoclassicisme plein de nuances. Derek Lam qui défile ici depuis 2003 en est un des meilleurs représentants. Sa collection hiver est un vestiaire modèle pour bourgeoise américaine aux penchants arty. Aplats de couleur élégants (roux, vert profond, beige, gris…) et volumes impeccables (manteaux et vestes légèrement soufflées, jupe trapèze, maille aux plis géométriques) donnent à ses silhouettes une allure minimale et racée.









Connu pour ses robes glamour, Prabal Gurung, créateur d'origine népalaise, a fait ses débuts sur les podiums de New York en 2009. Il s'est parfois perdu dans une sophistication pataude, mais sa dernière collection montre un designer comme décrispé, moins enclin à la surenchère. Il y a un côté cool et sexy dans ses jupes asymétriques drapées, portées avec de gros pulls composites. Ses sweat-shirts à grandes torsades de soie se portent avec des pantalons de satin fluide, les robes et tailleurs ajourés laissent s'échapper quelques drapés souples. La silhouette a gagné en consistance pour un chic moins sucré, plus attirant.







Le style féminin, moderne et sage à la fois, de Thakoon a séduit une cliente de choix : Michelle Obama. Apparu lui aussi sur les podiums new-yorkais dans les années 2000, il continue de cultiver son sens des mélanges contrastés. Ses tailleurs et jupes de soie façon cravate se portent avec de gros pulls texturés ou des manteaux matelassés à carreaux. Les mousselines à fleurs comme peintes à l'aquarelle croisent les maxi-vestes de cachemire rose poudre ou les grands blousons zippés sans manches. Cette mode n'est pas faite pour révolutionner l'histoire du style, mais pour satisfaire des clientes qui recherchent une originalité sous contrôle. Et c'est déjà bien.







Joseph Altuzarra, lui, n'a pas encore trouvé son équilibre. Le talentueux designer d'origine française commence pourtant bien, avec d'amples manteaux-peignoirs aux couleurs contrastées, mais ses robes corsetées et fendues cherchent inutilement la complication. Le designer gagnerait sans doute à ne pas chercher à habiller un stéréotype de femme qui n'est pas forcément sa référence naturelle.







La « muse » de Diane von Furstenberg est moins évasive : la créatrice incarne à la perfection son style glamour et voyageur aux indéfectibles accents années 1970. Pour l'hiver 2014-2015, elle assume plus que jamais ce qui est devenu sa signature, avec une collection qui égrène les tops longs et les gilets croisés, déclinaisons de sa célèbre Wrap Dress, une pièce emblématique créée en 1974, sur de longues jupes en soie ou en velours ou des pantalons cigarette à taille haute. Des motifs exotiques empruntés au Japon et aux ballets russes soulignent l'esprit bohème de luxe de ce vestiaire typé. Au fond, au-delà du débat esthétique entre alternatif et classique, ce qui compte, c'est l'efficacité et la désirabilité du résultat. Et pour atteindre ces objectifs, le pragmatisme des designers américains est une arme de choix.













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