Quels esprits chagrins oseront encore qualifier le régime russe de liberticide ? Il est vrai qu'en août dernier, Vladimir Poutine avait interdit par décret, le temps des festivités, "toute manifestation non liée au déroulement des JO" dans les environs de Sotchi. Mais il ne lui avait fallu que cinq mois, et une légère pression du Comité international olympique, pour se raviser.
Désormais à Sotchi, comme dans chaque démocratie, n'importe quel spectateur souhaitant crier sa colère contre une loi homophobe, contre la corruption, ou contre le curling, a tout à fait le droit de le faire. À une condition : qu'il le fasse dans la "zone spéciale" réservée aux manifestations.
Vous la trouverez à Khosta, petite ville au bord de la Mer noire située aussi loin - quinze kilomètres environ - de Sotchi-centre que du parc olympique, à l'intérieur d'un jardin bien discret de la taille d'un terrain de foot, qui serait peut-être plus agréable s'il n'était pas à l'ombre d'une gigantesque autoroute aérienne, ni collé aux rails qui longent la côte. On a connu lieu plus stratégique pour se faire entendre.
Ce jour-là, pas une banderole à l'horizon. Il y a bien trois enfants qui hurlent en courant autour du monument rendant hommage aux liquidateurs de Tchernobyl morts pour la décontamination de la patrie, mais on ne peut pas vraiment parler de manifestation. Plusieurs passants interrogés ignorent que l'endroit a été désigné comme "zone spéciale", ce qu'aucun panneau ni aucune présence policière particulière n'indiquent, d'ailleurs.
Un employé de l'hôtel trois étoiles, dont les fenêtres donnent pourtant sur le parc, affirme ne rien y avoir vu de particulier depuis les début des Jeux. Une cliente du bar voisin assure que "les gens sont calmes ici, ils ne manifestent pas". Vérification faite, on recense deux manifestations dans la "zone spéciale".
La première, le 1er février, a rassemblé six membres du parti communiste local souhaitant attirer l'attention sur la situation critique des "Enfants de la guerre", ces enfants-soldats ayant combattu dans l'armée russe entre 1941 et 1945. La seconde, la veille de la cérémonie d'ouverture, "une cinquantaine de personnes qui manifestaient pour les droits des gays", raconte Alexandr, bénévole de Sotchi 2014, âgé de 17 ans.
Au cours de la conversation, cet adolescent sympathique et visiblement soucieux de son style - jean slim, baskets en toile, iphone, mèche - explique déplorer l'image de son pays à l'étranger, et s'agace : "Les gens ne comprennent pas la Russie. Ce n'est pas que la vodka et la balalaïka. Nous sommes des gens normaux et gentils, j'en ai marre des stéréotypes." C'était donc de la troisième manifestation de mécontentement dans la "zone spéciale".
Henri Seckel
PS. Human Rights Watch a diffusé récemment cette vidéo saisissante de ce à quoi peut ressembler la vie en Russie pour les gens ayant une sexualité "non-traditionnelle", selon la terminologie officielle. Attention, certaines images sont choquantes.
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