Mondial 2014 : Eric Bedouet, le fin préparateur des Bleus

Le Monde | 31.05.2014 à 09h08 • Mis à jour le 31.05.2014 à 23h54 | Par



Eric Bedouet (à droite) aux côtés de Guy Stephan lors de la présentation du staff de l'équipe de France à Clairefontaine le 20 mai.


Car Eric Bedouet ne s'en cache pas: il craint ces rencontres, et les risques de blessures qui les accompagnent. « Ce qui est difficile, dans une préparation, ce sont les matchs amicaux, explique-t-il. Parce qu'on ne peut pas faire comme en club où l'on sait, lors des premiers matchs d'avant-saison, que l'on n'est pas en forme. La veille et l'avant-veille, en club, on va au maximum des possibilités des joueurs, donc ils sont extrêmement fatigués. Là, ce n'est pas la même chose, et les joueurs sortent d'un championnat complet. Les trois matchs amicaux doivent servir à faire progresser l'équipe. »


Venu des Girondins de Bordeaux – un club où il retournera après l'épisode brésilien – afin d'assurer un « contrat à durée déterminée pour la Coupe du monde », Eric Bedouet, 60 ans, a été appelé par Didier Deschamps en décembre2013. « Agréablement surpris » par la sollicitation du sélectionneur des Bleus, il a accepté, en début d'année, de s'occuper de la préparation physique de l'équipe de France. « Une forme de reconnaissance, mais elle est légitime », estime Antoine Vayer, ancien entraîneur de l'équipe cycliste Festina qui l'a connu dans les années 1990 et qui décrit « un passionné plus qu'un arriviste ». Le nouveau préparateur physique, lui, se plaît à répéter qu'il s'agit d'un « travail collectif, collégial », avec le sélectionneur et son adjoint, Guy Stéphan, ainsi que le staff médical dirigé par Franck Le Gall.


La tâche n'est pas des plus faciles: ce sont des joueurs pour la plupart fatigués, au terme d'une saison bien remplie, qui sont arrivés à Clairefontaine à la mi-mai. Débarqué quelques jours après ses camarades dans les Yvelines, pour cause de finale de Ligue des champions, l'attaquant du Real Madrid, Karim Benzema, souffre de l'adducteur gauche. Franck Ribéry, lui, est perturbé par des douleurs au dos. « Il faut écouter les joueurs, avoir leur ressenti, car ce n'est pas une préparation normale, résume Eric Bedouet. C'est du travail individualisé. » Même s'il s'agit de sa première Coupe du monde chez les seniors, après avoir participé à celle des moins de 20 ans en 1997 en Malaisie, il n'est pas un novice. Footballeur professionnel de 1972 à 1987, celui qui avait initialement suivi des études pour devenir pharmacien a connu sa première expérience du banc dès la fin des années 1980, comme entraîneur-joueur d'une équipe amateur.


« APPROCHE SCIENTIFIQUE »


En 1993, il devient responsable du centre de formation de Laval. « J'ai eu la chance de travailler avec un physiologiste tous les jours, sur le terrain. On a établi des protocoles de travail, de régénération. J'ai un peu utilisé le centre de formation comme un laboratoire de recherche. » Antoine Vayer se souvient de lui comme « l'un des premiers entraîneurs dans le football qui utilisaient les cardiofréquencemètres », et souligne son « approche scientifique » pour diagnostiquer l'état de forme des joueurs.


Après son passage à Laval, Eric Bedouet rejoint les Girondins de Bordeaux, en 1998, un club pour lequel il travaille toujours. En écartant à maintes reprises l'opportunité de devenir entraîneur principal. C'est en Mayenne qu'Eric Bedouet a mis au point le test physique qui lui a permis de mesurer l'état de forme des joueurs de l'équipe de France.


Jeudi 22 mai, les Bleus ont dû courir cinq minutes, comme en mars, en marge du match amical contre les Pays-Bas. Un test qu'ils reproduiront jeudi 5 juin. « C'est une course continue, plus ou moins proche du seuil d'anaérobie, au-delà duquel on bascule dans le rouge. Ce seuil est capital parce qu'il est fluctuant en fonction de la forme du joueur », précise l'entraîneur adjoint des Girondins de Bordeaux.


En fonction des résultats, les exercices sont adaptés à chaque joueur. Avec un objectif qui se rapproche: « Il faut monter en puissance, parce qu'il y a la Coupe du monde. Il ne faut pas tarder. » Car il faudra être prêts pour le premier match contre le Honduras, le 15juin, à Porto Alegre.


Sachant que le Mondial peut durer un mois (si l'équipe va jusqu'en finale), trouver avant le début de la compétition à quel moment les joueurs doivent atteindre leur pic de forme est une équation ardue. « Se dire qu'on part doucement, parce qu'on est quasiment sûrs d'aller au bout est impossible. On ne peut pas faire ça! Aucune équipe, même les plus huppées, ne l'envisage. » Et Eric Bedouet de résumer sa mission: « Il va falloir être très pointus dans tous les domaines. On n'a pas le droit à l'erreur. »







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