Mieux vaut être gestionnaire de hedge funds que client


PWall street (epicharius-CC BY 2.0) ierre Gattaz, le président du Medef, aurait dû être gestionnaire de hedge funds. La hausse d’un tiers de sa rémunération en 2013 et le niveau de celle-ci, 420 000 euros, n’auraient pas suscité la polémique.


Au contraire, elle aurait été la risée dans cet univers où l’admiration, sans parler de la jalousie, va à celui qui a la plus grosse. Dans les classements annuels de rémunérations à rallonge, c’est bien celui qui a la plus petite qui passe pour un couillon.


Selon le classement publié mardi 6 mai par la revue américaine Institutional Investor’s Alpha, les 25 patrons de hedge funds les mieux payés en 2013 ont vu leur rémunération bondir de 50 % en un an. Elles totalisent 21,5 milliards de dollars (15,5 milliards d’euros) et se rapprochent du record de 25 milliards atteint en 2009.


La « Rich List »


Ce qui intrigue dans ce hit-parade est que la flambée de milliards ne correspond pas à une année de grandes performances pour les fonds d’investissements spéculatifs. Mieux vaut être le gestionnaire d’un hedge fund que son client.


Selon la base de données de Hedge Fund Research (HFR), qui a établi un indice fondé sur 2 200 fonds, la performance de la profession a été en 2013 très inférieure à celle des marchés. Et ce pour la cinquième année consécutive.


Le rendement des hedge funds a atteint 9,1 % en 2013, quand l’indice boursier Standard & Poor’s 500 affichait +32,4 %, dividendes inclus. Là, c’est vraiment la honte !


Au palmarès de cette « Rich List », comme l’ont baptisée ses auteurs, le champion 2013 est, pour la seconde année consécutive, David Tepper, le fondateur d’Appaloosa Management. Sa rémunération est cette fois estimée à 3,5 milliards de dollars.


La performance de son fonds, qui avait largement parié en Bourse sur le retournement des compagnies aériennes américaines, est très honorable puisqu’elle atteint 42 %.


Recette magique


Il est cocasse de trouver en seconde place Steven Cohen, avec 2,4 milliards de dollars en poche. Le patron de SAC Capital a été accusé dans une vaste affaire de délit d’initié. Il a dû payer en 2013 un montant record de 1,8 milliard de dollars à l’administration et reconnaître sa culpabilité pour mettre fin aux poursuites. Il n’a plus le droit de lever des capitaux.


La recette magique de ces gestionnaires pour faire fortune n’est donc pas leur nez creux, mais tout simplement les commissions. Ils ponctionnent en général 2 % par an des capitaux placés dans les fonds, plus 20 % des gains réalisés.


Contrairement à leurs clients, ils gagnent, eux, à tous les coups. Certains prélèvent jusqu’à 50 % des gains.


De la même façon que la transparence des rémunérations est inflationniste, l’avidité de ces gestionnaires peut être contagieuse. Les frais de gestion sont, comme aurait pu dire Pierre Gattaz, un bon moyen de se distribuer une richesse qui n’a pas été créée.


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Je suis arrivé au Monde en 2011 où j'ai fait partie pendant deux ans de la rédaction en chef emmenée par Erik Izraelewicz. Je suis désormais chroniqueur économique. Cela fait 25 ans que je suis la vie des entreprises en tant que journaliste. Je suis passé par Les Echos, L'Expansion et La Tribune.



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