Disons-le tout de suite, Philippe Varin, le patron du groupe PSA, n’est pas du genre obsédé par l’argent. Sa rémunération annuelle de 1,3 million d’euros pourrait faire pitié à bien des dirigeants du CAC 40. D’autant, que vu les difficultés du groupe automobile, il a eu l’intelligence de renoncer à toute rémunération variable depuis 2011.
Au moment où le président du directoire de PSA Peugeot-Citroën écourte son mandat, de gré ou de force, pour passer la main à Carlos Tavares en 2014, les conditions de son départ sont logiquement passées à la loupe.
Cette fois, le constructeur automobile a bien fait les choses. Transparence de l’information et respect du code de gouvernance AFEP-Medef sont au rendez-vous. Les modalités de son éventuelle retraite surcomplémentaire, selon le mécanisme de la retraite chapeau, sont ordinaires au regard des pratiques. Et les montants en jeu sont loin des excès chroniqués ces dernières années.
Hors éventuelle indemnité de départ, dont l’existence nous est démentie par PSA, Philippe Varin aurait droit à une retraite chapeau versée par son ancien employeur de plus de 400 000 euros par an. Avec les autres régimes de retraites général et complémentaires, cela lui ferait environ 310 000 euros nets par an. Le groupe, étonnamment ici, préfère ne pas donner de chiffres bruts, avant impôts et charges sociales…
Fichu contexte
Légal, conforme, et même raisonnable. De quoi se plaint-on ? Le problème est, et les dirigeants d’entreprise le savent aussi bien que les politiques, que l’on ne peut pas raisonner « toutes choses égales par ailleurs ».
Il y a ce fichu contexte dont il faut tenir compte. Or là, ça coince. Il se trouve que le groupe en difficulté vient de signer un accord avec ses partenaires sociaux demandant des sacrifices sur les salaires et les congés.
Cet accord de compétitivité prévoit notamment un gel des salaires en 2014 et une modération sur les primes contre un engagement de maintien des volumes de production. Sans compter les 8 000 suppressions d’emplois et la fermeture d’une usine.
Faut-il sacrifier la retraite de Philippe Varin pour la paix sociale dans le groupe ? Le dilemme n’est pas simple. Mais c’est de cela dont il s’agit. Faire de cet homme une victime expiatoire du retard stratégique accumulé depuis des décennies par le constructeur serait cruel.
D’autant que la situation n’est pas comparable à celle d’un Pierre Richard, le fossoyeur de Dexia, qui, sous la pression, avait consenti à réduire sa rente viagère de moitié.
Il n’empêche : la rémunération du risque pour ces patrons salariés qui ne sont pas entrepreneurs est un sujet. Les mécanismes fixes et variables sont élastiques à la hausse, et les millions s’accumulent lorsque le succès économique, ou simplement boursier, est là. Il n’y a pas de raison que dans la situation inverse l’élasticité n’existe plus.
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