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A la veille de la mise en route du pacte de responsabilité, que les observateurs ont présenté comme le grand tournant social libéral du gouvernement, le choix de M. Montebourg, qui le portera au premier chef, ne manque pas d'étonner. Le ministre du redressement productif s'était illustré par un bras de fer sur le dossier de Florange, avec le premier ministre Jean-Marc Ayrault. Lequel entretenait depuis d'exécrables relations avec son ministre. Mais M. Montebourg n'en avait cure. Fort de sa singularité, l'ancien troisième homme des primaires socialistes, qui avait alors atteint les 17% des suffrages après avoir vanté les mérites de la « démondialisation », incarnait au gouvernement une ligne différente, bien plus à gauche que celle du président et de l'ancien premier ministre.
HABILE OPÉRATION POUR MANUEL VALLS
Sa nomination à la tête de Bercy constitue une habile opération pour Manuel Valls, qui permet de contrebalancer son image droitière et d'envoyer un message à ces électeurs de gauche qui se sont massivement abstenus dimanche dernier. Elle présente néanmoins une part de danger. Alors que la France et ses déficits sont placés sous observation par les responsables de la commission de Bruxelles et les marchés, pas sûr que ceux-ci se montrent rassurés par la nomination de M. Montebourg, qui avait à l'été 2013 traité les premiers de « connards ».
Le nouveau patron de Bercy, au fil des mois, a pourtant su s'attirer les faveurs des chefs d'entreprise. Alors que les patrons n'avaient pas de mots assez durs pour qualifier son attitude lors de ses premiers mois à la tête du ministère du redressement productif, ils ont aujourd'hui les yeux de Chimène pour lui. Tour à tour, Antoine Frérot (Veolia), Denis Ranque (Airbus), Chris Veihbacher (Sanofi) ou encore Vincent Bolloré ont pris ces dernières semaines sa défense, saluant son discours volontariste et sa défense de l'industrie tricolore. Le magazine L'Usine nouvelle, sorte de Bible des industriels français, s'est même fendu d'un édito le 18 mars titré : « Remaniement : il faut garder le soldat Montebourg ».
APÔTRE DE LA DÉMONDIALISATION
L'apôtre de la démondialisation, qui avait démarré en traitant Lakshmi Mittal de menteur ou en accusant la famille Peugeot de dissimulation, a certes mis de l'eau dans son vin. Alors qu'il s'était focalisé sur les plans sociaux en 2012, endossant « contraint et forcé » selon son entourage la tenue de pompier, il s'est mué au 2013 en architecte. Les 34 plans industriels qu'il a lancés à l'automne dernier, qui doivent stimuler l'activité tricolore dans les domaines des biocarburants, des voitures sans chauffeurs ou de la nanoélectrique, ont positivement impressionné. « Cela remet l'église au milieu du village, à savoir l'industrie au coeur de l'économie française », assure un patron du CAC 40.
De même, ses discours sur l'euro trop fort et les contrôles exagéréments tatillons de Bruxelles font un tabac auprès des entreprises. Sa propension à dénigrer les banques ou la direction du Trésor, toujours accusée de privilégier les milieux financiers à « l'économie réelle », lui vaut également de nombreux soutiens parmi les patrons de PME, qui ont parfois du mal à décrocher un crédit ou simplement une avance en compte courant. Pas sûr que la plus puissante des directions du ministère de l'économie se montre pour sa part comblée d'aise à l'annonce de l'arrivée de son nouveau patron.
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