Le seul problème est qu'il s'agit d'une reconstitution datant de 1928... Plus précisément, d'un photogramme, c'est-à-dire d'une image extraite d'un film de fiction : en l'occurrence, Verdun, visions d'histoire, de Léon Poirier. Une oeuvre qui, par son aspect quasi documentaire (tournage in situ, rigueur historique, recours à des acteurs anciens combattants...), parvint à montrer cette bataille, et la Grande Guerre en général, comme jamais auparavant. Elle apparut d'ailleurs à ses contemporains comme fidèle à la vérité des faits. A tel point que le film servit ensuite de source d'images pour tous les documentaristes à la recherche de plans impressionnants d'attaques et de bombardements. Il est par exemple utilisé dans le récent Apocalypse, de Daniel Costelle et Isabelle Clarke.
Le photogramme, tiré en héliogravure et reproduit dans une brochure publicitaire éditée par Jules Tallandier lors de la sortie du film de 1928, a ensuite beaucoup circulé, y compris en carte postale, légendée comme une scène d'assaut à Verdun. Pourtant, un examen attentif de ce document trop parfait fait vite naître le doute. Comment en effet ne pas être étonné par la proximité du sujet ? Ne disposant pas de focale adaptée, et vu la sensibilité des supports utilisés en 1914-1918 (plaques de verre ou négatifs souples), il aurait fallu que le photographe attende calmement l'arrivée des assaillants, prenant le risque de mourir ou d'être fait prisonnier... L'usage régulier de ce photogramme prouve qu'il est difficile d'imaginer une vue de combat de la Grande Guerre sans faire appel à sa représentation cinématographique qui est ancrée dans la mémoire collective.
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