Le Monde | 16.12.2013 à 14h55 • Mis à jour le 16.12.2013 à 14h56 | Par Daniel Psenny
Avec ses six millions de disques vendus en dix ans d’activité, le groupe reste mythique. Tous veulent répéter l’opération du fonds de pension Carmignac qui, le 29 octobre 2012, avait offert (à coups de millions d’euros) un concert privé des Rolling Stones à Paris à ses salariés et clients. A la clé, de grosses retombées médiatiques, difficiles à répéter aujourd’hui.
Et pourtant, Philippe Dana, un ancien de Canal+ aujourd’hui journaliste au Mouv’, l’a fait. Tout seul, sans bourse délier et en totale improvisation ! Mardi 10 décembre, à travers son compte Facebook, il a réuni ses amis au Bus Palladium, à Paris, pour une soirée privée intitulée « Une fête sans raisons (cent raisons) ». Une fête « juste pour le plaisir », dit-il.
Près de deux cents personnes ont répondu à son invitation dont plusieurs chanteurs et musiciens tels Christophe, Alain Chamfort, le groupe Marshmallow, la jeune chanteuse Margot Cotten. Vers minuit, alors que la musique bat son plein avec Axel Bauer chantant son tube de 1983 Cargo de nuit, Jean-Louis Aubert s’apprête à quitter le Bus. Il doit enregistrer tôt le lendemain en studio. En partant, il croise Louis Bertignac qui arrive après avoir regardé le match Benfica-PSG à la télévision. Richard Kolinka est au bar avec des amis. Les trois compères se saluent. Logique, ce sont trois membres de Téléphone ; manque juste Corine Marienneau, la bassiste.
LE PARISIEN, FRANCE INTER, TF1...
Axel Bauer les aperçoit, invite Aubert à l’accompagner à la batterie et Bertignac à prendre la basse. Ils acceptent sans se faire prier. Tous trois entament alors un « bœuf » avec les standards des Rolling Stones. La température monte d’un cran dans la salle. D’autant qu’Aubert cède rapidement la batterie à Kolinka pour prendre une guitare, et Bertignac tend la basse à Bauer pour la remplacer par sa guitare. Tout le monde se regarde, surpris.
Et c’est parti pour une heure de concert comme au beau vieux temps de Téléphone. La Bombe humaine, New York avec toi, Hygiaphone, Ça (c’est vraiment toi) : tous les tubes y passent pour finir sur Purple Haze, de Jimi Hendrix. « Un régal », disent les invités présents.
Le lendemain, plusieurs vidéos (près de 45 000 vues sur YouTube) circulent sur Internet et, jeudi 12 décembre, le concert a droit à la revue de presse de France Inter qui cite un article du Parisien. Télés et radios évoquent l’événement et le 20 heures de TF1 y consacre un sujet. Un « plan média » de rêve que jamais aucun « dir’com » n’aurait osé imaginer !
Pour autant, il n’y aura pas de suite. « C’était vraiment improvisé, assure Richard Kolinka. Nous avons joué entre potes, juste pour le plaisir. Donc, pas de spéculation : il n’y a pas une reformation de Téléphone. » Philipe Dana savoure. Il a simplement démontré que dans cette société du spectacle hyper-organisée, le plaisir est – parfois – plus fort que l’argent. « Par les temps qui courent, c’est rassurant, non ? », lâche-t-il.
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