La bataille qui se déroule sous nos yeux entre les groupes français de télécommunications prend un tour inquiétant. Derrière la concurrence tarifaire, les mots changent, les arguments aussi.
On assiste à des diatribes de patrons qui s’accusent mutuellement de gagner trop d’argent. Rien ne devrait plus nous étonner au pays d’Ubu roi, mais avouez que c’est un comble !
Vendredi 20 décembre, c’est au tour de Martin Bouygues de jouer les gros bras, dans les colonnes du Figaro, pour « déclarer la guerre » dans l’Internet fixe. « Que Xavier Niel fasse la même chose s’il en est capable », s’emporte le propriétaire fondateur de Bouygues Telecom.
N’allons pas plus loin dans l’étalage d’échanges verbaux du niveau d’une cour de récréation d’école primaire. Stéphane Richard, le PDG d’Orange, et Xavier Niel (actionnaire à titre personnel du groupe Le Monde), le patron de Free, ont, chacun à leur manière, jeté leur fiel dans ces joutes. Au point qu’elles semblent prendre une dimension personnelle.
Mais il est un grand absent de ce théâtre, dont le silence devient assourdissant. SFR, le numéro deux du marché français des télécoms, paraît soudain étranger à cette querelle de chiffonniers. Il aurait pourtant des arguments, entre un Free qui casse les prix de la 4G pour laquelle il n’offre quasiment pas de couverture et Bouygues qui déclare la guerre dans le fixe où il est un nain.
Barricades virtuelles
Mais rien ! Rien ne vient. Personne, chez SFR, ne prend le drapeau pour monter sur ces barricades virtuelles et jouer les bravaches devant l’ennemi (les concurrents). Si l’idée était de ne pas s’abaisser à de si vils propos, ce serait tout à son honneur.
L’opérateur détenu à 100 % par Vivendi est comme paralysé. Personne n’est en mesure de prendre le micro au nom de ses troupes et de jouer les chefs de bande. Jean-Yves Charlier, arrivé à la tête de SFR en mai, n’incarne pas encore l’entreprise.
Comme chez Bouygues Telecom, où la parole de M. Bouygues a plus de poids que celle d’Olivier Roussat, le PDG de l’opérateur, SFR pourrait se tourner au dessus. Mais vers qui ? Le président du directoire de Vivendi, Jean-François Dubos, est un intérimaire tandis que la présidence du conseil de surveillance est quasiment vacante entre Jean-René Fourtou, sur le départ, et Vincent Bolloré, pas encore arrivé.
Ne pas prendre part à l’agressivité commerciale et/ou verbale du moment est pourtant une erreur. D’abord vis-à-vis des clients qui, en cette période de fortes ventes dans les télécoms, risquent d’oublier la marque au carré rouge.
Mais également à l’égard de ses propres salariés. Car l’un des objectifs des propos guerriers lancés ici et là est de regonfler les équipes secouées par une concurrence rude.
On comprend que Vivendi demande à SFR de se concentrer sur les préparatifs de son entrée en Bourse. Mais il devrait déjà penser un peu plus à lui.
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