Cette fois, c'est définitif. En votant le projet de loi de finances pour 2014, l'Assemblée nationale a définitivement amputé le budget de l'Ecole polytechnique de 500 000 euros.
Voté le 30 octobre en première lecture contre l'avis du gouvernement, cet amendement a valeur d'avertissement adressé par les députés au ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian. L'Assemblée nationale attend en effet de pied ferme que celui-ci fasse adopter les textes réglementaires mettant en place la réforme de la « pantoufle ». Annoncée en 2012 par son prédécesseur, Gérard Longuet, votée par l'école en juin 2013, celle-ci prévoit de réaffirmer le principe que tout polytechnicien (sauf exceptions revues et resserrées) ne travaillant pas dix ans pour l'Etat remboursera ses frais de formation, soit quelque 40 000 euros. Mais le texte n'est toujours pas adopté, et les parlementaires s'impatientent franchement.
En attendant, l'école d'ingénieurs devra s'organiser. Les 500 000 euros représentent « cinq postes d'enseignants », avait déclaré Jacques Biot, le président de Polytechnique, fin octobre. Mais M. Biot pense que les choses devraient vite s'arranger. « Dans la mesure où la solution existe de rétablir cette somme par une loi de finances rectificative, nous considérons que ce n'est pas définitif », confie-t-il, jeudi 19 décembre. « Le budget se gère sur un an. Il n'y aura donc pas d'incidences au 1er janvier. » Si l'amputation devait être confirmée, ajoute-t-il, « nous devrions prendre des décisions extrêmement sévères. Je me concerterais avec les salariés pour voir s'il faut couper dans les investissements, la recherche ou les personnels. »
« Les salariés apprécieront »
Or, si l'on en croit une source bien informée, il est peu probable qu'une loi de finances rectificatives soit présentée au Parlement avant fin 2014. Par ailleurs, dit-on, « 66 millions d'euros ont été supprimés dans le budget 2014 de la défense. Il serait politiquement difficile à justifier de demander le rétablissement urgent des 500 000 euros à Polytechnique ».
Certes, l'application du budget laisse de la marge aux responsables administratifs. Mais l'école militaire, par ailleurs actuellement soumise à un contrôle de l'Assemblée nationale, ne pourra sans doute pas échapper aux efforts. « Les salariés de Polytechnique apprécieront, prévient Jacques Biot. Vous imaginez l'effet que tout cela produit. L'Assemblée nationale ne s'est pas attiré l'amitié des personnels dans ces circonstances. »
Benoît Floc'h
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