Il brandit l’édition du jeudi 12 décembre du Parisien dont le gros titre « Irrespirable ! » barre une photo de brouillard jaunâtre étouffant la tour Eiffel. Avec son air désinvolte, Vincent Bolloré s’amuse de cette coïncidence le jour où il avait convoqué la presse pour faire le point sur les deux ans d’Autolib’, le service de voitures électriques en autopartage en Ile-de-France.
Le patron du groupe Bolloré ne remerciera jamais assez la Mairie de Paris « d’avoir eu le courage de choisir comme partenaire quelqu’un qui n’y connaissait apparemment rien ». Sans jouer les revanchards, il savoure son plaisir.
Le nombre de Bluecar en circulation est passé de 250 au lancement d’Autolib’à 2 035. Paris a désormais 510 stations et la banlieue 345. Mais malgré les quelque 10 000 locations par jour, le service n’est toujours pas rentable. Il le deviendra peut-être… en 2014. Peu importe.
Cette activité, marginale au sein du groupe, a gagné sa légitimité. La fiabilité de la technologie de ses batteries est démontrée, tout comme la réussite du modèle commercial. Cette crédibilité a permis au groupe d’introduire en Bourse avec succès en octobre Blue Solutions, sa filiale spécialisée dans la fabrication de batteries.
Flou entretenu
M. Bolloré reste maître chez lui. Il n’a mis que 10 % de capital de cette société sur le marché. Surtout, une bonne part de l’activité dont le Breton vante le développement échappe à Blue Solutions. Et le flou est entretenu.
Lors de cette conférence de presse de Blue Solutions, l’industriel a ainsi annoncé un contrat avec Londres pour gérer et développer un parc de 1 400 bornes électriques. Pas question d’un service d’autopartage ni de Bluecar, mais un habile phrasé aura suffi pour le faire croire.
« C’est quand même sympa que ce soit Paris qui gagne Londres », se réjouit-il. Sauf que ce n’est pas Blue solutions qui a le contrat, mais IER, une autre filiale de Bolloré.
De même, M. Bolloré explique, à juste titre, qu’une part importante du succès du service Autolib’réside dans le système informatique de gestion des abonnements, des bornes et des véhicules. Là encore, cela revient à autre société du groupe, Polyconseil. Une kyrielle de petites entités sont ainsi censées être rachetées à Bolloré, un jour, par Blue Solutions.
Le flou juridico-comptable est souvent utilisé dans les groupes pour masquer des échecs ou des erreurs. Ici, c’est le contraire.
La voiture électrique de Bolloré et son service d’autopartage bourgeonnent. Lyon et Bordeaux cette année, Indianapolis (Etats-Unis) en 2014, peut-être Singapour, etc. Des minibus électriques urbains sont déployés, tandis qu'une décapotable et un cabriolet sont testés.
Il compte aussi signer avec Renault avant la fin de l’année pour faciliter son déploiement international et faire fabriquer à Dieppe (Seine-Maritime) une petite trois-places.
On ne compte plus les leviers de croissance. Mais M. Bolloré préfère les cacher dans un étrange jeu de bonneteau.
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