Le Monde | 18.03.2014 à 08h18 • Mis à jour le 18.03.2014 à 08h54 | Par Jean-Pierre Stroobants ((Jalhay, envoyé spécial))
Une date qui correspond à celle des premiers miracles de Banneux, où Mariette Béco, une fillette âgée de 11 ans, affirmait avoir vu et avoir été appelée par celle qui se présenta à elle comme la Dame des pauvres et la Mère du Sauveur. Des dizaines de milliers de pèlerins se rendent chaque année dans ce sanctuaire, que Jean Paul II a visité en 1985.
« Pas bigots », à les en croire, M. et Mme Lefloch ont vite été dépassés par les événements et, aujourd'hui, ils respirent : la statue, entreposée au milieu des bûches de bois, des meubles en plastique et des échelles dans leur garage bas de plafond, va être envoyée, pour expertise, à l'Université de Liège.
LA LUMIÈRE... DES GYROPHARES
La plupart des visiteurs, accourus de toute la Belgique, des Pays-Bas et d'Allemagne, n'ont toutefois aperçu qu'une autre lumière bleue : celle des gyrophares de la police locale, mobilisée pour calmer les ardeurs des visiteurs. « On n'a jamais vu ça », rigole René, qui a manifestement forcé sur la bière locale. « En général, ici, il n'y a un peu de monde que pour le carnaval, la fête du chou et la célébration du boeuf », dit son épouse.
Les autorités municipales doivent aussi calmer les Lefloch, repliés dans leur cuisine et leur salon enfumé depuis que des visiteurs se sont pressés, jour et nuit, pour s'agenouiller devant la statue ou la photographier – tâche impossible, paraît-il, puisque la Vierge s'éteindrait dès l'apparition d'un flash.
Dans l'épicerie du village, les restaurants soudain bondés ou l'église, les rumeurs vont bon train. Des visiteurs ont ressenti des « sensations étranges », des picotements. On évoque des guérisons miraculeuses. Daniel, venu de Flandre, pousse la chaise roulante de son gamin accidenté en espérant pouvoir entrer chez les Lefloch. Le prêtre de la paroisse a lui-même envoyé des malades.
REDORMIR TRANQUILLE
Les autorités catholiques se veulent plus prudentes. La Conférence épiscopale penche pour l'hypothèse d'une peinture phosphorescente, devenue lumineuse quand la couche de vernis s'est craquelée. L'engouement de la foule tiendrait plus de la crédulité que de la foi, elle serait « un certain appel à la spiritualité », selon le Père Tommy Scholtès, porte-parole de la Conférence des évêques. Car « Dieu ne se manifeste pas de cette façon et la foi n'est pas de la magie ». A ce stade, pas question de lancer une procédure de reconnaissance d'un miracle par le Vatican.
De la peinture ? « Ceux qui pensent que c'est une supercherie sont des c… », a indiqué M. Lefloch à un quotidien régional. Depuis, il préfère se taire afin de ne pas relancer l'intérêt pour sa statue. Il voudrait pouvoir redormir tranquille et en a assez de ce qu'un psychologue de la religion appelle « un petit moment d'irrationnel ».
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