« Le 21 avril marseillais va faire trembler la France »

Le Monde | 24.03.2014 à 00h32 • Mis à jour le 24.03.2014 à 00h57 | Par



Au QG du Front national à Marseille, dimanche 23 mars.


Il n'a pas encore reçu les résultats définitifs, on lui murmure que dans les 13e et 14e arrondissements, les siens, il serait en tête, mais peu importe : il est la surprise de ce scrutin.


Lire : Marseille : scores catastrophiques pour Mennucci


Il y a peu de monde autour de lui, dans cette salle des quartiers Sud de Marseille, derrière le Stade-Vélodrome, à peine une cinquantaine de militants, peu de journalistes, et le contraste entre cette maigre assistance et cette victoire aussi large qu' inattendue est d'autant plus troublant.


« Le Pen », crie la salle. Aux micros qui se tendent à son arrivée, il lance : « Hein, vous ne vous y attendiez pas, à ce 21 avril marseillais qui va faire trembler la France ? Depuis notre université d'été, je prédis ce tremblement de terre. Les ministres ont tous défilé pour soutenir Mennucci. Ils ne se sont pas rendu compte qu'ils creusaient sa tombe. Holland, c'était la corde qui soutient les pendus. Ce soir il est pendu par les électeurs. »


« POUR QUE DIMANCHE PROCHAIN SOIT “LA” GRANDE VICTOIRE »


Costume, cravate, visage juvénile, blason de la ville à la boutonnière – « ma légion d'honneur à moi » – Stéphane Ravier, 44 ans, a la victoire modeste. « Sans les autres têtes de liste, sans les 302 autres candidats, Stéphane Ravier, ce serait pas grand-chose », lance-t-il derrière son pupitre. La grande victoire, c'est celle des listes Bleu Marine, celle des Marseillaises et des Marseillais. »


Ce sont eux, poursuit-il, « qui ont rejeté massivement une gauche qui depuis deux ans à la tête du pays commet de plus en plus de ravages ». Eux qui ont exprimé aussi « une méfiance à l'égard de Jean-Claude Gaudin, ses 15 % de chômeurs, 26 % de pauvres, un clientélisme politique jamais démenti, on ne s'entend jamais aussi bien qu'entre Jean-Claude et Jean Noël (Guérini) ».


Et de critiquer « l'immigration massive qui change le visage de cette ville, le communautarisme qui se développe en même temps qu'un islam radical… Les croisiéristes, le Vieux Port, les calanches, le Mucem », poursuit-il en citant le nouveau musée national devant lequel MM. Gaudin et Menuci se sont fait photographier, « c'est très beau, mais derrière il y a 240 km2 de quotidien ».


Lire : Les villes clés où le FN arrive en tête


« Comme nous connaissons la largesse d'esprit de la gauche, poursuit-il, et en particulier de la gauche marseillaise, j'appelle les électeurs à ne pas se laisser intimider par les discours que la gauche ne va pas manquer d'aller trouver. Les menaces, les discours d'intimidation ne vont pas tarder », poursuit Stéphane Ravier.


« Ne perdez pas vos voix la semaine prochaine pour les candidatures inutiles. J'appelle les électeurs de l'UMP qui en ont assez de la gauche à se porter sur la candidature la plus utile , c'est-à-dire la mienne ; ça fait 14 ans que je suis dans les quartiers Nord. Pour que dimanche prochain soit le jour de “La” grande victoire, votez FN ! »


Stéphane Ravier, tête de liste du FN à Marseille.


MINOT DES QUARTIERS NORD, COMMERCIAL CHEZ ORANGE


Minot des quartiers Nord grandi entre Saint-Joseph, Saint-Louis ou encore à Sainte-Marthe et leurs terrains de foot, ex-dirigeant du club de football amateur l'ASMJ Blancarde de 2000 à 2006, ce commercial chez Orange, devenu en 1997 responsable de l'école du Front national de la jeunesse des Bouches-du-Rhône, ne se prive jamais de rappeler d'où il vient.


Le jeune chef de file du Front national à Marseille avait été prévoyant. Le candidat du 7e secteur, celui des quartiers Nord qui ont tant fait parler d'eux depuis un an, avait jugé que la permanence de FN, rue d'Arménie, dans le centre-ville de Marseille, serait un peu étroite pour ce soir d'élection.


Lire : Pourquoi le FN domine certaines grandes villes du Sud


Il avait donc convié ses militants à 21 h 45 aux salons « le Garden », loin du centre- ville, dans le 9e arrondissement. Un très vaste espace réservé aux mariages, réceptions, « toutes religions, juive, chrétienne, islam », précise la serveuse derrière le bar.


Quand le candidat victorieux arrive enfin, les coupes de champagne sont dressées sur les longues tables depuis plusieurs heures. Les seaux à glace, recouverts de napperons en nylon blanc, n'attendent que les bouteilles de champagne. « Monsieur benzakem, vous me servez un coca ? », demande d'abord Stéphane Ravier, lors d'un premier passage, à 20 h 30.


Puis il s'était éloigné tranquillement, laissant derrière lui la télé distiller, tout bas, dans l'immense salle de banquet toute vide, la liste des grandes villes où le Front national progresse. Prudemment, il n'avait alors livré qu'un seul pronostic : « Les noyaux villageois ont davantage voté que les cités. Peut-être ont-elles entendu mon appel de ne pas être de la chair à voter de la droite et surtout de la gauche ? »


« MARSEILLAISE » ET « VICTOIRE EN CHANTANT »


Quand il revient, c'est en vainqueur. Aux législatives, face à Sylvie Andrieux, condamnée depuis à un an ferme pour détournements de fonds publics, la victoire ne lui avait échappé que de 699 voix. Cette fois, il devance largement le maire sortant Garo Hovsépian, proche de son ex-rivale socialiste.


Il est bientôt 23 h 30, la salle s'est remplie, les buffets regorgent de petits fours chauds, le champagne coule à flots. Patrick Mennucci tourne en boucle à la télé. « Hu, hu, qu'il pleure, Menucci », crie la petite assemblée. « Il lit un papier, il sait pas lire ! »


Elle acclame la victoire de Steve Briois au premier tour à Hénin-Beaumont, hue à toute force Harlem Desir, agite ses drapeaux tricolores, et chante là une Marseillaise à tue-tête. Et encore : « La victoire, en chantant, nous ouvre les barrières. » Claude, un technico-commercial « actif » de 57 ans, habitant Château Gombert, s'en va partout en répétant : « On a pulvérisé tous les sondages. L'Histoire, elle s'écrit ici. La préface, au moins ».







from www.lemonde.fr