Un ange passe... et le groupe américano-allemand Vulfpeck a choisi d'en faire son beurre. En postant sur la plate-forme de musique en streaming Spotify un album composé de plages de silence, les musiciens, installés à Los Angeles, ont lancé une souscription populaire doublée d'une opération de promotion déguisée en pochade.
En témoignent les titres de l'opus — Sleepify — et des morceaux, au nombre de dix, intitulés "Z", puis "Zz", et ainsi de suite jusqu'au très beau final de "Zzzzzzzz", le tout pour 316 secondes chrono de vide (la durée minimale pour que le site de partage le prenne en compte et rémunère ses auteurs).
La démarche est pourtant très sérieuse : Vulpeck espère non seulement financer sa prochaine tournée, mais aussi en rendre l'accès gratuit à tous, confiant de s'être déjà rémunéré en amont grâce à Spotify. Le groupe promet même aux internautes d'organiser sa liste de concerts en privilégiant les villes réunissant les plus grands nombres de téléchargements.
Les musiciens ont soigneusement préparé leur pirouette : une séance d'écoute de sept heures rapporte 4 dollars (2,9 euros), et l'album a été conçu spécialement pour une écoute en boucle, par exemple pendant la nuit, pour accompagner dignement le sommeil des auditeurs (lesquels se pencheront ensuite sur la question du prix en termes de consommation d'électricité et de coût écologique d'une telle opération).
Jack Stratton, leader de Vulfpeck, a rompu son vœu de silence pour expliquer le projet :
Du côté de Spotify, l'humour est de mise : « C'est un procédé habile, mais nous préférons les précédents albums de Vulfpeck. Sleepify ressemble à un dérivé du travail de John Cage », a ainsi déclaré un porte-parole de la société, cité par le site Digiday.
Une référence à la partition 4'33" du compositeur américain John Cage. Interprétée pour la première fois en 1952 par le pianiste David Tudor, cette pièce unique en son genre peut également être appréciée dans sa version orchestrale :
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