Lundi 17 mars, Kering a remis aux syndicats un projet d'accord social. Le groupe conditionne la cession, et donc le versement des aides financières pour accompagner les suppressions d'emplois qui sont envisagées, à un accord majoritaire des syndicats d'ici à jeudi soir.
Mercredi, la tension était montée d'un cran. Kering a publié un communiqué intitulé « La survie de La Redoute est en jeu ».
« A ce jour, il n'y a pas d'autre repreneur pour l'entreprise, et Kering ne continuera pas à financer les pertes de La Redoute sans plan de transformation », peut-on y lire.
- Quel est l'enjeu pour la Redoute ?
C'est l'avenir de l'enseigne de vente par correspondance qui est en jeu, et celui de ses 3 400 salariés (dont 2 400 en France).
La Redoute n'entre plus dans les priorités stratégiques de Kering, recentré sur le luxe et le sport (Gucci, Puma...).
Victime de la concurrence d'Amazon, Zara et autres H&M, et d'une organisation obsolète, l'enseigne est en perte chronique.
En décembre 2013, sa maison mère a choisi de la céder pour 1 euro symbolique à Nathalie Balla, sa patronne depuis 2009, et Eric Courteille, secrétaire général de Redcats - l'entité qui chapeaute La Redoute chez Kering.
En janvier, les repreneurs ont annoncé 1 178 suppressions de postes - de même que 172 suppressions sur 569 postes chez Relais Colis, autre enseigne de Kering.
Depuis, les syndicats tentent d'arracher au groupe dirigé par François-Henri Pinault des garanties sociales pour les salariés partants, notamment les femmes de plus de 55 ans qui ont passé toute leur vie dans l'entreprise.
- Que propose la direction ?
Après plus d'une dizaine de manifestations des salariés, notamment au siège de La Redoute à Roubaix (Nord) et de multiples réunions de négociations, la direction de Kering a fait de nouvelles propositions, lundi 17 mars.
Elle a porté le montant plancher des indemnités de départs volontaires de 15 000 à 20 000 euros. Elle a aussi sécurisé dans un véhicule ad hoc, baptisé « fiducie », 200 millions d'euros dédié à l'accompagnement social des salariés.
Ce montant s'ajoute aux 315 millions d'euros promis aux repreneurs pour moderniser l'informatique et la logistique du groupe et le maintenir à flot jusqu'en 2014, date à laquelle le nouveau tandem dirigeant La Redoute a promis le retour à l'équilibre financier.
- Que réclament les syndicats ?
Depuis des semaines, les syndicats demandent 40 00 euros d'indemnités plancher et tiquent sur le montant bloqué dans la fiducie, arguant qu'une fois les calculs faits, le compte n'y est pas.
Mais c'est surtout le montant des indemnités de départs en préretraite qui bloque, car sur les 1 178 suppressions de poste prévues, la moitié environ devrait se faire par ce biais.
La CGT est opposée au projet d'accord social présenté lundi par Kering. La CFE-CGC a décidé de signer, tandis que la CFDT et SUD restent indécis.
De leur côté, plusieurs centaines de salariés de La Redoute manifestaient, jeudi à Wattrelos (Nord), aux abords de l'entrepôt de logistique d'où part l'ensemble des colis envoyés par l'enseigne.
- Que peut-il se passer ce soir ?
En cas de refus des syndicats de signer le projet, « c'est l'inconnue totale », avoue Maître Patrick Califano, avocat de l'intersyndicale CGT-CFDT- SUD.
« Les mandataires sociaux [la direction de La Redoute] pourraient saisir le tribunal de commerce pour que Kering assume les pertes de l'enseigne », ajoute-t-il.
Mais, selon nos informations, la direction de Kering pourrait revenir cette après-midi avec d'ultimes concessions afin d'emporter l'aval des syndicats et d'empêcher la disparition de La Redoute.
« Personne n'a envie d'envisager le fait que [le plan de reprise] ne marche pas », indique-t-on dans l'entourage de la maison mère
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