Le Monde | 03.04.2014 à 18h15 • Mis à jour le 03.04.2014 à 18h17 | Par Marie Charrel
En d'autres termes, la BCE ne croit pas au scénario déflationniste dans la zone euro. « Nous sommes un peu déçus que rien de concret n'ait été annoncé », analyse Hugues Le Maire, chez Diamant Bleu Gestion. La semaine dernière, plusieurs déclarations des membres de la BCE, dont le patron de la Bundesbank Jens Weidmann, avaient en effet laissé supposer que la banque centrale prendrait dès aujourd'hui de nouvelles mesures, au moins symboliques, pour contrer le risque de baisse des prix.
L'institution a donc résisté à la pression des marchés. Une fois de plus. « La conférence de presse a néanmoins été excellente : M. Draghi s'est montré clair et ferme sur l'inflation », juge M. Le Maire. L'Italien a en effet rappelé que la BCE maintiendra sa politique accommodante aussi longtemps qu'il faudra, et n'hésitera pas à agir si la situation de la zone euro se dégradait. Voici les principaux points à retenir de la réunion.
Unanimité du conseil des gouverneurs. C'est la phrase clé de la conférence de presse, et Mario Draghi l'a lui-même souligné à plusieurs reprises : « le conseil est unanime dans sa volonté d'utiliser aussi des instruments non conventionnels autorisés par son mandat pour faire face aux risques d'une période trop prolongée de faible inflation ». Cela signifie que même les Allemands, jusque-là très réticents sur le sujet, sont désormais prêts à donner le feu vert à des mesures d'assouplissement quantitatif (QE) en cas de danger.
Par exemple, le rachat de titres de dette publique ou privé, afin de tenter de relancer les prix. Comme le fait la Réserve Fédérale américaine depuis 2008 ? Mario Draghi s'est montré très prudent sur ce point, en rappelant que le financement de l'économie européenne repose essentiellement sur le crédit bancaire, et non sur les marchés, contrairement aux Etats-Unis. Un « QE » à l'européenne prendrait donc obligatoirement une forme différente. « Nous avons eu des discussions très riches sur le sujet », a détaillé l'italien.
Pendant leur réunion à huis clos, a-t-il expliqué, les membres du conseil ont également évoqué les autres outils dont ils disposent : une nouveau prêt aux banques (LTRO), un taux de dépôts négatif, une baisse du taux directeur de 0,25% à 0,15% ou encore, une fin des opérations de stérilisation du programme SMP.
« L'ennui, c'est que rien de tout cela ne garantit que la BCE prendra de nouvelles mesures lors de sa prochaine réunion », commente Jonathan Loynes, de Capital Economics, soulignant la « préférence de l'institution pour l'imprévisibilité ». « Si la BCE n'agit pas quand l'inflation tombe à 0,5%, que lui faut-il de plus ? » ajoute Jean-François Robin, stratégiste chez Natixis.
La BCE est favorable à la titrisation. Si la banque centrale devait se lancer dans un « QE », sa préférence irait probablement au rachat de créances privées titrisées plutôt que de dette publique, a clairement laissé comprendre son président : « nous sommes très favorables au développement du marché des ABS ». Ces « asset-backed securities » sont des titres conçus à partir de crédit accordés à des PME et entreprises. En les rachetant, la BCE pourrait soulager le bilan des banques, qui seraient alors en mesure d'augmenter les prêts à l'économie.
Problème : le marché des ABS est pour l'instant peu développé dans la zone euro. Surtout, la régulation actuelle ne fait pas la différence entre les ABS simples, peu risqués – leur taux de défaillance est de 2% environ-, et les ABS complexes, plus dangereux – le taux de défaillance frise les 18%. Dans ces conditions, racheter ces titres serait un risque trop grand pour le bilan de la banque centrale. « Nous pensons qu'il faut revoir ces paramètres », a estimé M. Draghi, en annonçant que la BCE et la Banque d'Angleterre présenteront ces prochains jours un rapport commun sur le sujet.
Les dangers d'une période de stagnation prolongée. La plus grande crainte de Mario Draghi pour la zone euro ? « Une période de stagnation économique prolongée, qui est déjà en partie une réalité », a confié le président de la BCE. Après avoir expliqué que la chute surprise de l'inflation en mars est liée à des facteurs conjoncturels, comme la baisse des prix de l'énergie, M. Draghi a reconnu que l'inflation basse, si elle s'installe, posera deux problèmes majeurs.
D'abord, les anticipations d'inflation des investisseurs à moyen terme risqueraient de décrocher, s'éloignant de la cible de 2% que s'est fixée la BCE. Mais surtout, le faible dynamisme des prix ralentirait les processus d'ajustement en cours dans la BCE. « La réduction des dettes publiques et privées est alors plus compliqué », a-t-il expliqué. Tout en rappelant que la zone euro n'est en aucun cas dans une situation comparable au Japon des années 1990, englué dans la déflation.
from www.lemonde.fr