Arrivée en janvier à la tête du premier constructeur automobile américain, Mary Barra affronte des rappels massifs de véhicules, qui tournent au scandale. Elle ne néglige aucun détail pour limiter le risque de déstabilisation de General Motors (GM).
A l’issue de deux jours d’auditions devant le Congrès à Washington, la PDG de 52 ans est rentrée, mercredi 2 avril, à Detroit « par un vol commercial ordinaire », a fait savoir un porte-parole du groupe.
Un détail qui n’a rien d’anodin. Les Américains avaient été choqués d’apprendre, en 2008, que Rick Wagoner s’était rendu en jet privé à Washington pour demander aux contribuables de sauver le groupe en dépôt de bilan.
Pas sûr que cela suffise à sauver la réputation de GM. Après la Chambre des représentants, mardi 1er, le Sénat s’est montré beaucoup plus agressif. Mary Barra s’est retrouvée accusée de diriger un groupe au « comportement criminel » et à la « culture de la dissimulation ».
Aucune tête n'est tombée
Elle a beau être une des femmes les plus puissantes des Etats-Unis, elle n’a pas convaincu en assurant que tout cela « était l’ancien GM ». Les sénateurs ont souligné qu’aucune des têtes impliquées n’était tombée.
Or l’affaire est grave. Une pièce défectueuse, qui pouvait empêcher l’airbag de s’ouvrir, est considérée comme responsable de la mort de treize personnes et 31 accidents en dix ans. Le plus compromettant est que le problème avait été identifié par GM qui a fini par modifier la pièce pour ses nouveaux modèles.
Mais il s’est gardé de prévenir ses clients, les laissant pendant des années au volant de voitures qu’il savait dangereuses !
Le constructeur de Detroit en est depuis le début de 2014 à plus de 6 millions de véhicules rappelés. Ces retours au garage touchent aussi des modèles concernés par des défaillances moins dramatiques.
Au-delà de ce cas spécifique, les rappels massifs par les constructeurs se banalisent. Le record des 10 millions de véhicules rappelés par Toyota en 2009 et 2010 n’est pas atteint. Mais il a marqué un tournant.
Même Porsche est touché !
Rien que cette semaine, BMW a annoncé le rappel de 232 000 voitures en Chine (son premier marché) pour un problème de boulons sur le moteur, et Chrysler, celui de près de 900 000 véhicules dans le monde pour un problème de corrosion des freins.
Même Porsche est touché ! Il a annoncé, mercredi, le rappel de 785 Porsche 911 GT3, alors que deux modèles ont pris feu après une panne de moteur, sans que la cause soit expliquée.
La sophistication des moteurs est en cause. La recherche permanente du moindre coût chez les constructeurs peut aussi expliquer ces incidents à répétition.
Mais cela révèle aussi une évolution des mentalités lourde de conséquences pour toute l’industrie automobile. Elle va devoir passer de la quête du zéro défaut à celle du zéro risque. Autant dire que les rappels vont se multiplier.
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