C’est mieux qu’un blockbuster. Il s’agit tout simplement du jeu le plus joué au monde. En février, 97 millions de personnes par jour en moyenne ont joué à Candy Crush Saga.
Ce jeu est d’une simplicité exemplaire. Il est à l’ère du smartphone ce que pouvaient être le morpion à l’ère de Gutenberg et Tetris à celle de la Game Boy. Il s’agit d’aligner sur un écran des bonbons de la même couleur, pour les faire s’écraser et gagner des points.
Ce jeu, aux effets addictifs, peut se pratiquer n’importe où, n’importe quand, dès que l’on a deux minutes à tuer. Et c’est une tuerie sur les mobiles et les tablettes !
King Digital Entertainment, la société à l’origine de ce succès planétaire, peut aujourd’hui se sentir pousser des ailes. Au point de préparer son entrée à Wall Street.
Selon le document déposé mercredi 12 mars en vue de son introduction au New York Stock Exchange, la société anglo-suédoise, récemment immatriculée en Irlande, estime pouvoir être valorisée 7,6 milliards de dollars (5,5 milliards d’euros). Les banques les plus sérieuses du saint des saints de la finance, JPMorgan Chase, Credit Suisse et Bank of America, cautionnent l’opération.
Incroyable, mais vrai !
C’est que l’affaire est prometteuse. La machine à faire tomber les bonbons fait aussi pleuvoir les dollars. Comme au bandit manchot, lorsque trois cerises sont alignées.
Le chiffre d’affaires de King Digital a été multiplié par onze en 2013, à 1,88 milliard de dollars, et son bénéfice par soixante-douze, à 568 millions de dollars. Incroyable, mais vrai!
Le principe de ces jeux gratuits est de faire payer des éléments qui permettent de progresser plus vite. C’est sur ce même principe que le jeu FarmVille avait propulsé son éditeur, Zynga, au firmament.
C’était il y a tout juste deux ans (et oui, le temps passe très vite). FarmVille était alors le jeu le plus joué au monde sur Facebook. En mars 2012, quatre mois après son entrée sur le Nasdaq à 10 dollars par action, le titre Zynga frôlait les 15 dollars. Il ne vaut plus aujourd’hui que 5,79 dollars après être tombé sous les 2,50 dollars.
Le risque que Candy Crush éclate comme une bulle de Malabar est rigoureusement identique à celui que la Bourse n’avait pas voulu voir chez Zynga. La fortune du roi King ne repose que sur un jeu. Les trois quarts de son chiffre d’affaires viennent de sa fontaine de friandises.
Car il est difficile de reproduire un succès. Surtout, la barrière à l’entrée sur ce marché est technologiquement basse. Autrement dit, le prochain jeu-le-plus-joué-au-monde peut surgir de partout.
Et, FarmVille en est l’illustration. Les joueurs, même les plus dépendants, finissent par se lasser, avant de passer à autre passe-temps tout aussi délassant… ou abrutissant, selon les regards.
L’inquiétant est que la Bourse ne se lasse toujours pas, elle, de reproduire les mêmes erreurs.
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