Les mères de famille applaudissent. Parce qu'elles pourront désormais partager avec les entraîneurs une décision très lourde ("Puisque c'est comme ça, tu ne joueras pas dimanche !") dans un pays où le football est une seconde religion, et parce qu'ainsi, ont-elles écrit dans un communiqué de soutien, "le sport redevient une véritable école de vie". "Nous remercions l'ASD Calcio de Fiumicino de son initiative, poursuivent-elles. Ce ne sont pas seulement les enfants les plus doués pour le foot qui joueront, mais aussi ceux qui représentent le mieux les valeurs du club : la loyauté, l'éducation, la culture de la vie." "Nous avons appliqué la règle qui prévaut dans les collèges américains", explique Massimiliano Di Giulio, professeur le matin et Mister ("entraîneur" dans le lexique du calcio italien) l'après-midi, à l'origine de cette expérience. "Nous nous étions rendu compte que, parfois, les parents privent leurs gosses de match pour une mauvaise note. Nous en avons parlé ensemble, et notre méthode qui consiste à récompenser les efforts nous a paru plus intelligente", estime-t-il. Une mère de famille qui conduit son fils à l'entraînement exulte : "Le risque est de voir les enfants négliger les études et les devoirs pour le foot. Comme ça, au contraire, on les incite à faire bien les deux."
OISEAU RARE
La décision de l'ASD Fiumicino n'est pas la seule de ce genre. A Frosinone et à Terracina, un peu plus au sud dans le Latium, la règle du "pas de bonnes notes, pas de match" est déjà appliquée, de même que dans un petit club des Abruzzes. A Palerme, en Sicile, un club réserve des places de stage certes aux meilleurs joueurs, mais également à ceux qui, même moins bons sur le terrain, ont obtenu de meilleurs résultats scolaires. Variante au club de Mirabello, en Emilie-Romagne, où les parents des gamins les plus studieux sont dispensés de payer le gîte, le couvert et le transport lorsque leur progéniture s'en va participer à un tournoi lointain. Et si un génie du ballon rond devait ainsi échapper aux radars des détecteurs de jeunes talents au prétexte que l'oiseau rare vient de se taper un zéro en dictée ?
Les mères de Fiumicino ont décidément réponse à tout. "Des Cristiano Ronaldo ou des Lionel Messi, il y en a un sur un milliard et cent ans ne suffisent pas pour le trouver !" argumentent-elles. Les statistiques semblent leur donner raison : 300 000 jeunes Italiens sont inscrits dans l'une des 7 189 écoles de foot du nord au sud de la Péninsule, mais au cours des dix dernières années, seuls 622 joueurs issus de ces viviers ont accédé à la série A, le sommet du championnat italien. Certains week-ends, il arrive qu'un match entre deux équipes ne voie figurer qu'un ou deux footballeurs "made in Italy" sur les vingt-deux joueurs présents sur le terrain. Allez, Matteo, au travail !
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