Le Monde | 01.03.2014 à 14h54 • Mis à jour le 01.03.2014 à 15h25 | Propos recueillis par Piotr Smolar
Entretien avec Olexandre Souchko, directeur de recherche à l'Institut pour la coopération euro-atlantique, à Kiev. Il est également conseiller officieux des nouvelles autorités.
Comment expliquez-vous la stratégie de Moscou dans la crise en Crimée ?
Avec quel objectif ?
Cette zone permet de punir Kiev et de reporter le rapprochement avec l'Occident. Ils font le pari que l'UE va prendre peur devant la tournure des événements. L'enjeu essentiel est la signature de l'accord d'association avec Bruxelles [auquel le président, Viktor Ianoukovitch, avait renoncé en novembre, et que le nouveau gouvernement d'Arsenii Iatseniouk veut conclure dans les prochains mois]. En 2013, Poutine a mis toutes ses forces pour bloquer l'accord. Il parie cette fois encore qu'il va obtenir un report de celui-ci.
Peut-on parler de séparatisme, dans ces conditions ? Et la retenue des autorités à Kiev est-elle forcément indiquée ?
Il s'agit d'un séparatisme à long terme, car Moscou ne veut pas que ce ne soit qu'un coup en un acte. En ce qui concerne Kiev, tout acte asymétrique, impliquant la force, serait utilisé contre elle. On voit actuellement sur le terrain des soldats de l'armée régulière russe déguisés. L'attitude de Kiev est sage : ne pas répondre. Quant à Ianoukovitch, il n'est utile à personne, si ce n'est à légitimer la dénonciation d'un « coup » à Kiev. Il n'est pas impossible, mais peu probable, qu'on assiste à des actions similaires dans les régions de l'Est. Mais il semble clair que les élites locales expriment leur loyauté à Kiev.
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